Parution de Deux écologies irréconciliables (par Thomas Jodarewski)

lundi 22 juin 2026

Il y a un malentendu fondamental autour du mot « écologie » et ce livre entend le lever. Il montre que deux courants politiques différents portent ce nom, alors que leurs projets sont incompatibles : une écologie technocratique, visant au pilotage du « vaisseau spatial Terre » par plus de science, de mesures, de bureaucratie et de calcul ; et une écologie technocritique, issue de la contre-culture pacifiste et libertaire des années 1960-1970. Le récit est chronologique ; l’enquête suit les personnages fondateurs et décrit les conditions sociales dans lesquelles ont surgi leurs idées.

Le premier chapitre dresse les portraits des inventeurs de la science écologique, cybernétique, écosystémique. Filant dans les labos de la recherche militaire américaine, nucléaire et spatiale notamment, il souligne le rôle de la haute technocratie dans cette mutation de la nature en machine.
Le deuxième chapitre revient sur la contestation de la technocratie et du complexe militaro-industriel par la jeunesse américaine, dans les années 1960. Traversant la contestation du « cauchemar américain » sur les campus et dans les rédactions de la presse underground, il situe la naissance d’une écologie politique, anti-capitaliste, anti- industrielle et critique du scientisme, dans la contestation contre- culturelle pacifiste et hippie.
À partir de 1972, les sociétés occidentales ne peuvent plus ignorer l’écologie. C’est-à-dire : les deux courants à la fois, qui se trouvent confondus par le bruit médiatique et les intérêts politiques. En témoigne le troisième chapitre, centré sur la France : il croise l’histoire des deux principaux titres de presse de l’écologie, La Gueule ouverte, créée par Pierre Fournier et ses amis, et Le Sauvage, créé par Le Nouvel Observateur. Cette double histoire de l’écologie, qui n’a jamais été faite, éclaire le rôle de la « deuxième gauche » dans le détournement de la contestation radicale des années 1960-70.
Cette enquête historique passionnante démêle les fils de cette pelote idéologique, et démasque, dans le dernier chapitre, quelques faux-amis de la contestation du système qui dévaste la terre (J. Lovelock, B. Latour, E. Morin, D. Haraway…).

Nous avons besoin d’un monde plus autoritaire, prétend par exemple le chimiste inventeur du concept Gaïa, James Lovelock. Nous sommes devenus une sorte de monde égalitaire et insolent où tout le monde peut dire ce qu’il pense. Cela est très bien, mais dans certaines circonstances spécifiques, vous ne pouvez plus tolérer cela. Vous avez besoin seulement de quelques personnes avec de l’autorité en qui vous avez confiance et qui gèrent la situation. J’ai l’impression que le changement climatique peut représenter un problème aussi grave qu’une guerre. Il est peut-être nécessaire de mettre la démocratie en veilleuse pour un moment.

Deux écologies irréconciliables. Accompagner le développement industriel ou le combattre, éd. La Lenteur, juin 2026.

Introduction et sommaire détaillé sont disponibles en cliquant sur l’icône :

Thomas Jodarewski (alias Tomjo) représente une espèce en voie de disparition dans le milieu éditorial critique. Cet ouvrage n’est pas tiré de sa thèse et il ne fait valoir aucun titre universitaire. Formé à l’enquête comme apprenti de l’Atelier de bricolage pour un esprit critique tenu par Pièces et main d’œuvre, il anime depuis Lille le site internet Chez Renart. Il a publié L’Enfer vert (L’échappée, 2013) et Nord c’est noir, (Service compris, 2025).

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